Samedi 6 décembre 2008
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Dans un article sur les conflits, nous indiquons l’utilité de rechercher les besoins et d’accepter les différences sans
chercher obligatoirement à les résoudre (c’est d’ailleurs ce qui définit le conflit, c’est cette volonté de « résoudre » et donc de « réduire (l’autre). Pour cela, il est vital de
différencier besoin et stratégie. Avec un exemple, nous allons l’illustrer.
Pascal est un consultant à la vie professionnelle très chargée, avec de nombreux déplacements et séjours en province et à
l’étranger. Il vit beaucoup à l’extérieur de chez lui et apprécie de cocooner le week-end à la maison. Aline est médecin et reçoit dans son cabinet de nombreux patients chaque jour, et elle en
est parfois saturée physiquement et moralement. Ce samedi soir, alors qu’elle rentre de visites à domicile, elle propose à Pascal d’aller dîner au restaurant. Pascal refuse en invoquant le fait
qu’il a déjeuné et dîné au restaurant toute la semaine, et que la semaine prochaine ce sera pareil. Son refus est ferme, Aline est déçue mais ne l’exprime pas vraiment, Pascal se rend bien compte
de la forme abrupte de son refus et se sent un peu mal à l’aise. Il renonce néanmoins à faire plaisir et à « marcher sur ses besoins ». Il ne dit rien, se dirige vers le frigo, en sort
quelques légumes, se met à cuisiner quelques champignons à la poêle en suggérant à Aline de préparer une salade. Aline accepte la proposition et ils entament une conversation anodine tout en
cuisinant ensemble, ce qui est au final assez rare. Puis Pascal fait une autre proposition : « prenons un apéritif, ça remplacera le restaurant ». Pas vraiment, se dit Aline, mais
elle accepte. Pascal prépare alors quelques gâteaux et ils se dirigent vers le salon. Il met une musique qui évoque pour eux deux leur récent voyage sous les tropiques et passe son bras autour du
cou d’Aline qui s’abandonne tranquillement. En silence, ils écoutent la musique, puis Pascal se lève et invite Aline à danser sur cette musique. Là aussi, elle accepte et ils passent un beau
moment de tendre complicité. Le repas qui suit est fort réussi, il y a une belle qualité d’échange, le restaurant est oublié. Leurs besoins sont satisfaits. Ils sont
apaisés.
Regardons maintenant ce qui s’est passé, et ce qui aurait pu se passer. Aller au restaurant est pour Aline une
stratégie, un moyen, une action destinée à satisfaire un besoin de se ressourcer en compagnie de Pascal, en partageant de l’intimité et en
sortant du cadre habituel. Pour satisfaire son besoin de se ressourcer, Pascal, lui préfère rester tranquillement à la maison avec Aline à ses cotés. C’est sa stratégie,
son moyen. Que constate on : les besoins sont les mêmes et les stratégies sont différentes. Le conflit arrive dès que l’on se
focalise sur les stratégies, car elles nous séparent et nous opposent, alors que les besoins sous-jacents sont au contraire souvent proches (voire identiques) et nous rapprochent. Expliciter ses
besoins et les communiquer à son partenaire en écoutant les siens est le moyen le plus efficace pour éviter de transformer la différence en conflit et rechercher ensemble une manière ajustée
de les satisfaire dans une relation « gagnant gagnant ».
Cela implique de renoncer à :
Exercer un pouvoir de coercition sur l’autre et aussi
d’être clair et explicite que ce qui est important pour nous
Céder à la tentation de faire plaisir en se
« sacrifiant ». Ce choix, s’il est répété de manière constante, est mortifère pour le couple car, comme l’ont montré les ethnologues, « tout don appelle une contrepartie ».
Cela veut dire que, si je te fais plaisir maintenant, je vais attendre de toi, implicitement, que tu le fasses à un autre moment pour équilibrer les comptes. Or je ne te le communique pas
explicitement et je vais ensuite t’en vouloir de ne pas faire quelque chose que je ne t’ai pas demandé. Bonjour les ennuis ! Bonjour les ardoises !
Et vous, quels sont les comptes que vous n’avez pas
soldé au sein de votre couple?